vendredi 17 février 2012


Vigilance

Info

N°45 – janvier- février 2012

Bulletin de

Justice & Libertés

comité de vigilance contre l’extrême droite et pour le respect de l’Etat de Droit

Analyse du «projet pour la France» du

Front national

Brun Marine

L’origine de la crise actuelle

Plusieurs études montrent que la crise économique et sociale actuelle prend racine, d’une part, dans la désindustrialisation et les délocalisations massives et d’autre part dans la mise en place d’une stratégie qui a pour objectif déclaré d’augmenter les profits afin de générer une croissance des investissements devant déboucher sur la création de nombreux emplois.

La stratégie consistant à augmenter les profits a porté ses fruits. En effet, «dans les pays développés, les profits ont augmenté de 83% entre 2000 et 2009 se traduisant en dividendes pour les actionnaires et en investissements financiers plutôt qu’en investissements productifs. Les immenses revenus générés ont été employés pour alimenter la spéculation» (1).

Depuis 1980, les délocalisations ont coûté 2 millions d’emplois à la France (500 mille depuis 2000). Conséquences : la part de l’industrie dans le PIB (Produit intérieur brut) est passée de 24% à 14%. (Suite page 2).

Halte à la xénophobie d’Etat!

Communiqué d’Une Autre Voix Juive (UVAJ) (Suite page 6)


Actuellement, il existe «deux France [qui] suivent des chemins opposés»(2). La France touchée par «la désindustrialisation et les plans sociaux à répétition» concerne 65% de la population et est constituée d’ouvriers et d’employés. Autrement dit, 40% d’électeurs- appelés également électorat populaire- sont concernés par cette France qui souffre d’un taux de chômage et d’emploi partiel supérieur à la moyenne nationale. Cette France s’est manifestée par l’abstention aux différentes élections en 2007, en 2008, en 2009 et en 2011.



Un constat amer s’impose : pour l’électorat populaire, «le vote Front national n’est plus un vote de sanction ou d’avertissement mais un vote d’adhésion.»(3)

Au fur et à mesure du développement et de l’approfondissement de la crise, le discours de Marine Le Pen a pris une tournure sociale, passant du néolibéralisme à l’étatisme qualifié d’«ethno-socialiste»(4).

Pourquoi «ethno-socialiste» ? Parce que les fondamentaux du Front national et de Marine Le Pen n’ont pas changé. Par leur choix idéologique et politique, Marine Le Pen et son parti sont fondamentalement d’extrême droite. A vous de juger.

L’ethnicisation du débat politique, basée sur une conception ethnique de la France, forme l’ossature de la politique du Front national. C’est de là que découle sa politique sociale basée sur la «préférence nationale», transformée récemment en «priorité nationale»(5). Pour Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, «cette petite ouverture» du projet frontiste «reste discriminatoire». «Logement et aides sociales ne seraient plus réservés aux seuls Français. La différence avec la «préférence nationale» est que les étrangers en situation régulière ne sont plus exclus de manière intégrale. Mais ils passent au second, face à un demandeur français, sur des critères non pas sociaux, mais de nationalité»(5). Poussant la logique d’exclusion encore plus loin, nous pouvons en conclure que le «Français de souche» aura l’ascendance sur le «Français immigré».

Il n’y a donc qu’une différence sémantique entre «préférence nationale» et «priorité nationale» qui érige toujours l’exclusion en loi. Le racisme anti arabo-musulman du FN ressort une fois de plus lorsque Marine Le Pen proclame dans son projet présidentiel que les allocations familiales, elles, seraient «réservées aux familles dont un parent au moins est français ou européen».

Comme la «préférence nationale», la «priorité nationale» établit une hiérarchie ethnique- si chère à Jean-Marie Le Pen- dans l’octroi des prestations sociales. N’est-ce pas lui qui disait : «j’aime mieux mes filles que mes cousines et mes cousines que mes voisines» ?

Quelle est l’origine de l’opposition à l’immigration du Front national (FN) et du «projet pour la France» de Marine Le Pen ?

La lecture des discours de Le Pen et des idéologues du FN montre qu’ils ont une conception ethnique du «peuple» qui subordonne les droits des gens à ceux de la communauté ethnique ou de la divinité(6). Et le peuple, selon le FN, est le peuple ethnique, «homogène», dont la composition est fixée depuis des millénaires. Ainsi au XIIe «conseil scientifique» du FN qui s’est déroulé en 1996 sur le thème des origines de la France, les actes diffusés en brochures au sein de l’encadrement parlent de l’importance essentielle donnée au facteur racial dans la définition de la nation.

Dans son discours lors du «conseil scientifique», Jean-Marie Le Pen insiste sur l’homogénéité du peuple. Le FN est contre l’immigration, car il faut, selon lui, préserver l’homogénéité du peuple(6). Au cours de son intervention Jean-Marie Le Pen défend longuement l’expression «inégalité des races» et réaffirme : «Oui, il y a inégalité des races comme il y a inégalité des civilisations. Je persiste et je signe»(6).

Le FN et ses cadres sont obsédés par le caractère indo-européen de la nation française d’une part, et par la référence au christianisme d’autre part. Que pense Bernard Anthony, ancien membre du bureau politique, ancien député européen et catholique traditionnaliste, de ses anciens amis du FN ? Selon lui, ses anciens amis sont «païens, antichrétiens, racistes, antinationaux, germanophiles, etc(6)

La nouvelle mouture du programme du FN, publiée en 2001, sous le titre «Pour un avenir français, le programme de gouvernement du front national» explicite, dans le chapitre «immigration», que «la présence et le développement, année après année de colonies de peuplement […] sont pour notre identité nationale une menace mortelle : ils modifient en profondeur la substance même du peuple français […] La France est une nation «venue du fond des âges» et sa population est, pour l’essentiel, fixée depuis plus de deux millénaires. […] Mais, contrairement à l’immigration venue des pays européens au milieu du XIXe siècle et au début du XXe siècle ou aux élites venues des possessions d’outre-mer l’intégration massive de millions de ressortissants immigrés […] détruit cette identité. Il faut donc inverser le courant de l’immigration.»

Le durcissement idéologique du «projet pour la France» de Marine Le Pen répond aux soucis



du programme du FN, concocté par Jean-Marie Le Pen. En effet, comme nous l’avons indiqué plus haut, les arabo-musulmans présentant un danger pour «l’homogénéité de la nation», les allocations familiales, elles, seraient «réservées aux familles dont un parent au moins est français ou européen» donc de souche indo-européenne. Pour inverser le courant de l’immigration, Marine Le Pen veut supprimer le droit du sol ; réduire le nombre annuel de migrants, le ramenant de 200 000 à 10 000 entrées par an, supprimer l’acquisition automatique de la nationalité, établir la double peine, supprimer le regroupement familial, réduire la durée de la carte de séjour de 10 à 3 ans; procéder à une assimilation forcée-via l’école notamment- et à la suppression de certains volets de la Politique de la Ville.

Ce n’est que la première étape d’une purification ethnique, adaptée à la cinquième République, qui devra préparer le terrain aux étapes suivantes, celles conduisant à l’émergence d’une «république pétainiste» et son cortège d’horreur, lorsque Marine Le Pen et son parti prendront le pouvoir.

Jean-Marie Le Pen n’a jamais caché son rêve de purification ethnique. Dans un document intitulé «Contrat pour la France avec les Français : Le Pen président», on lit : «Il conviendrait donc de réexaminer les conditions d’octroi de la nationalité française aux 2500 000 étrangers et immigrés naturalisés français depuis 1974», voire les «nombreux immigrés [à qui] des pratiques illégitimes ont permis, depuis 30 ans, […] d’obtenir la nationalité française.»

Marine Le Pen n’a rien renié

Marine Le Pen n’a rien renié, ni critiqué. Elle ne fait que transformer en «projet politique» le rêve ethnique de son père et autres idéologues du FN. Elle n’a pas critiqué, non plus, les dérapages racistes et pro nazis de son père, lorsqu’il a dit qu’«en France du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine même s’il y a eu des bavures inévitables

Le 25 avril 2010, à l’occasion de la Journée des déportations, le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, s’est rendu à Vichy. Pour le rabbin «les juifs de France gardent en mémoire que si Vichy a abouti à une faillite morale, que si le gouvernement d’alors s’est déshonoré en contribuant à la perte d’un quart de la population juive de ce pays, les trois quarts doivent leur survie à la sympathie sincère des Français non juifs et à leur solidarité agissante, surtout à partir du moment où ils ont compris que les familles juives tombées aux mains des Allemands étaient vouées à la mort.»(7)

Nous voyons bien que la position de Gilles Bernheim vis-à-vis de Vichy- «une faillite morale »- et des nazis- «les familles juives tombées aux mains des Allemands étaient vouées à la mort»- est claire. Mais Jean-Marie Le Pen ne l’entend pas de cette oreille. Invité du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, dimanche 25 avril 2010, Jean-Marie Le Pen a commenté la visite à Vichy du grand rabbin de France : «peut-être l’a-t-il fait aussi en remerciement de l’action du gouvernement de Vichy(8)

Résumons l’action du gouvernement de Vichy à l’égard des Juifs de France : sur les 75 721 Juifs déportés de France vers les camps nazis-dont 11 400 enfants- entre 2500 et 3000 ont survécu. Pour Jean-Marie Le Pen, il faut encore remercier Pétain ! Marine Le Pen, vice-présidente du FN, n’a rien dit, ni critiqué les propos honteux et pro vichyste de son père. En tant que vice-présidente, elle n’avait qu’à acquiescer et continue à assumer les déclarations et autres prises de positions antérieures de son ancien patron de père.

Dans un article intitulé «En Italie, Marine Le Pen consolide ses liens avec la droite «dure»», Abel Mestre, journaliste du quotidien Le Monde écrit : «Ludovic de Danne, chargé des affaires européenne et des relations avec la presse étrangère, était par contre du voyage ainsi que Frédéric Chatillon. L’ancien leader du Groupe union défense (GUD)-groupuscule étudiant d’extrême droite «musclée»-, qui s’occupe aujourd’hui de la communication de Marine Le Pen…»(9)

Marine Le Pen confie sa communication-secteur stratégique- à l’ancien leader du GUD de et s’affiche sans complexe avec des néonazis endurcis. Elle est présidente du FN, un parti d’extrême droite néo nazi, une création du groupuscule d’extrême droit «Ordre nouveau» qui a rallié le groupe Militant dirigé par d’anciens SS, Pierre et Jean Castrillo. Plus tard, Jean-Marie Le Pen obtiendra le ralliement des nationalistes révolutionnaires néofascistes, de monarchistes, de catholiques intégristes et de cadres de la Nouvelle Droite néopaïenne. Alors bleu Marine ? Non, brun Marine jusqu’à la moelle.

Avec le «projet pour la France» de Marine Le Pen, le FN est aujourd’hui doté d’un projet


global d’extrême droite, couvrant toutes les questions attendues d’un tel parti.

En ce qui concerne «la famille et l’enfance», le FN compte réduire le nombre des avortements. La famille doit être fondée sur l’union d’un homme et d’une femme et ne peut accueillir que des enfants nés d’un père et d’une mère ; opposition à toute demande de mariage homosexuel ou d’une adoption par des couples homosexuels. Les intégristes de tout bord jubilent. Plus réactionnaire et homophobe que le FN tu meurs.

Concernant les anciens combattants, le FN souhaite légiférer pour lutter contre les attaques (médias, filmographe, ouvrages) dont est victime l’Armée française ou ses membres-grande satisfaction des tortionnaires-, notamment au sujet de la période coloniale ; refuser la date du 19 mars 1962 en tant que Journée nationale commémorant la fin de la guerre d’Algérie. Les nostalgiques de l’Algérie française jubilent.

Bref, le «projet pour la France» du FN est un catalogue d’interdits et de menaces dont la peine de mort est, logiquement, la cerise sur le gâteau : interdiction de la recherche médicale et de la thérapie génique sur l’embryon, réduction du nombre des avortements [avant la suppression de la loi Veil ?], abaissement de la majorité pénale, renforcement de la justice des mineurs, réduction des subventions aux associations s’occupant de l’immigration, interdiction des manifestations politiques d’étudiants ou d’enseignants organisées pendant les heures de cours, exigence d’une tenue vestimentaire sobre, renforcement de la sélection à l’Education Nationale, renforcement du racisme organisé dans le domaine sportif, rétablissement de la peine de mort, etc.,etc. Ce projet est digne d’un régime totalitaire et obscurantiste.

Le programme économique du FN est un patchwork, mêlant idées de gauche (le contrôle des banques…) et de droite, et qui a évolué au fil des ans. Le FN abandonne les positions très libérales de son premier leader, son hostilité à l’impôt sur la fortune, pour promettre un Etat stratège, selon une tradition colbertiste d’industrie d’Etat dans certains secteurs stratégiques, ou du moins de politique industrielle.

La mesure phare du programme est la sortie de l’euro et le retour au franc sur la base d’un franc pour un euro. Sortir du système de la Banque centrale européenne permettrait une dévaluation compétitive relançant les exportations, sans créer l’inflation. On sait que la France réalise 50% de ses échanges avec la zone euro. On peut douter que les pays voisins, avec lesquels l’économie française est extrêmement liée restent sans réagir par des mesures de rétorsion : quels en seraient les effets ?

Philippe Lamy, citant Les Droites et l’économie en France au XXème siècle, rappelle qu’il est difficile d’écrire l’histoire des droites radicales et de leur politique économique. Les orientations sont diverses et confuses, avec peu de références historiques en dehors du corporatisme de Vichy ou de l’Etat totalitaire du fascisme qui, à ses débuts, ne récusait pas le libéralisme économique. La stratégie de Marine Le Pen n’est pas idéologique et plus politique.

Une école de pensée est derrière le programme économique du FN. Va-t-on vers un fascisme du XXIème siècle, troisième voie entre capitalisme et communisme ? (10)

La laïcité

Dans son «projet pour la France», le FN veut réaffirmer les principes de laïcité. Pour Marine Le Pen, «il n’y a pas cinquante moyens de lutter contre l’islamisation de notre pays. Il y a soit la laïcité, soit la croisade. Comme je ne crois pas à la croisade, je pense qu’il faut user de la laïcité, qui n’est pas le laïcisme» (Présent du 22 décembre 2010).

Le FN veut s’appuyer sur un principe de la République Française afin de cibler la seule religion musulmane et prolonger ainsi la guerre quadridécennale du FN contre l’immigration.

La lecture par le FN-et par Marine Le Pen- de la laïcité est complètement biaisée, contraire à l’esprit républicain. L’extrême droite et les forces affidées ont transformé la laïcité en instrument d’inquisition et de guerre ethnique.

Pour les vrais républicains la laïcité c’est la tolérance, c’est le vivre ensemble. La tolérance laïque permet la vie en commun dans la diversité des désirs et des couleurs. La laïcité, c’est rechercher les éléments de convergence entre des cultures, des croyances, des philosophies.

La laïcité, ce n’est pas la police de la pensée, qui au pays des Lumières, brimerait les religions, les cultures, les croyances, les philosophies.

La lepénisation progressive de l’UMP

A quand date le début de la lepénisation de l’UMP ? Une chose st sûre : tout porte à croire que l’UMP a adopté définitivement le langage, la politique populiste et anti immigrée de l’extrême droite. Avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la lepénisation de l’UMP s’est accélérée. Nicolas Sarkozy a deux conseillers : le «gaulliste social» Henri Guaino et l’ancien directeur de la rédaction de Minute, puis de Valeurs actuelles Patrick Buisson, issu de l’extrême droite, qui baigne depuis l’enfance dans l’univers de Charles Maurras. Avec le glissement progressif de l’UMP vers les positions droitières, une quarantaine de députés en son sein a formé le «Collectif de la droite populaire» qui prêche les mêmes thématiques que le FN. Le mardi 12 juillet 2011, le «collectif de la droite populaire» a fêté son premier anniversaire autour d’un apéritif «saucisson et vin rouge» au salon Gabriel, à l’Assemblée nationale. C’est une banalisation des méthodes de l’extrême droite au sein même de l’Assemblée nationale. (11)

Mais l’UMP est composée de tendances et les agissements de Nicolas Sarkozy ou du «collectif de la droite populaire» ne pouvaient pas ne pas déranger. Aujourd’hui, la droite et l’UMP en particulier, semblent plus que jamais divisées sur la tactique à suivre. Une droite anti-Le Pen s’est même manifestée en la personne de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie qui, dans un livre, dénonce le Front national de Marine Le Pen. (12) Madame la ministre en profite pour attaquer sur sa droite les membres de la majorité présidentielle qui seraient tentés par un rapprochement avec le parti d’extrême droite.

Il s’est formée également une aile libérale au sein de l’UMP qui «veut peser sur le candidat Sarkozy(14)

Bref, Nicolas Sarkozy n’arrive plus à unifier l’UMP. En effet, les centristes se regroupent dans un courant «humanitaire». Le trait commun de tous ces courants et contestataires est qu’ils ne mettent pas en cause, du moins ouvertement, la politique raciste de Nicolas Sarkozy. Pourtant, Claude Guéant dit «regretter» ses propos sur les Comoriens de Marseille ou Henri Guaino critique le discours de Grenoble du 30 juillet 2010 du chef de l’Etat, estimant que l’éphémère circulaire sur les Roms avait été «une faute». Pendant ce temps là, Claude Guéant avance presque chaque jour des mesures contre les étrangers. Avant, le ministre ciblait les immigrés clandestins. Désormais, selon le ministre, «la France accueille «trop» d’étrangers en situation régulière(15). La lutte contre les fraudes sociales : Claude Guéant cible les étrangers(16). Une manipulation grossière et populiste de plus par Claude Guéant. En effet, selon la Cour des comptes, la fraude sociale des allocataires-français et étrangers confondus- est estimée à environ 3 milliards d’euros par an et ne pèse rien face à la fraude fiscale des entreprises et des ménages aisés qui s’élève, quant à elle, à 45 milliards d’euros. (18)

On ne peut qu’être d’accord avec le titre du quotidien Libération du 29 novembre 2011 : «Guéant : La voix de Le Pen».

Même Jean-Pierre Raffarin commence à s’agacer de l’attaque permanente dont fait l’objet l’ensemble des étrangers : «ne mélangeons pas tous les immigrés, ne faisons pas des immigrés des adversaires globaux. L’immigré qui respecte la règle, c’est un ami de la République, un ami de la France.»(17)

Pour Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un think tank libéral et proche de l’UMP, le basculement du Sénat à gauche, s’explique ainsi : le débat sur la laïcité, la loi sur la burqa, le discours de Grenoble ont été contre-productifs : ils ont créé un malaise au sein de l’électorat modéré. Les discours de la Droite populaire, ses formules à l’emporte-pièce sont une insulte à l’intelligence.»(13)

Est-ce le début de la fin de cette bande raciste qui nous gouverne? Espérons qu’il en soit ainsi. Les sondages montrent que la majorité des Français attend des mesures concrètes et efficaces pour résoudre la crise économique et sociale qui inquiète sérieusement. La recherche de bouc émissaire ne suffit plus pour cacher l’incompétence d’une clique raciste à bout de souffle.

Communiqué Paris, le 14 décembre 2011

Halte à la xénophobie d’Etat !

Comme en 2007 lors de la campagne électorale, pour se dédouaner de sa politique antisociale qui enfonce, sous couvert d’austérité, le pays dans la crise, attirer les voix d’extrême droite et diviser le peuple, la droite gouvernementale intensifie actuellement son argumentation xénophobe à un niveau inégalé depuis la crise des années 30 et ce de la part des plus hauts responsables de l’Etat.

Pas un jour ne passe sans une nouvelle déclaration du ministre de l’intérieur contre les étrangers. Les arguments de sinistre mémoire et les méthodes utilisées par le gouvernement Sarkozy pour les stigmatiser, les désigner chaque jour à la vindicte publique, ne peuvent que révolter les signataires d’Une Autre Voix Juive. Alors que l’injustice sociale et l’atteinte aux droits démocratiques s’accentuent, désigner tour à tour les étrangers employés en France, les étudiants diplômés étrangers, les demandeurs d’asile, les Roms… comme boucs émissaires, prétendre que le droit de vote des étrangers aux élections locales constitue une grave menace, est attenter aux valeurs de la République et à l’universalité des droits humains. C’est ainsi nier tout ce que les étrangers ont apporté et apportent, aujourd’hui encore, à notre pays par leurs compétences, leur travail et leurs cultures. C’est nier leur participation aux combats pour la libération de la France.

Devant cette chasse aux étrangers chaque jour plus agressive et cette incitation ouverte au racisme, Une Autre Voix Juive s’élève avec indignation contre les propos et les méthodes utilisés par le gouvernement Sarkozy et appelle à les condamner.


(1) Bruno Palier- Directeur de recherche du CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po et membre du conseil scientifique de Terra Nova- Le Monde du 07/12/2011.

(2) Philippe Guilbert, sociologue- Le Monde du 07/12/2011.

(3) Le Point de rupture, Fondation Jean-Jaurès- cité par Le Monde du 07/12/2011.

(4) Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique- Le Monde du 07/12/2011.

(5) Le Monde du 22/11/2011.

(6) Les voleurs d’avenir. René MONZAT.

(7) Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) du 25 avril 2010.

(8) Le Monde du 27 avril 2010.

(9) Le Monde du 23-24 octobre 2011.

(10) Groupe de travail Extrême droite & Economie, travail et droits de l’Homme de la LDH. Compte-rendu de la réunion, à la LDH à Paris, du 27 septembre 2011 sur le programme économique du Front national.

(11) Le Monde du 14 juillet 2011.

(12) Le Monde du 28 juin 2011.

(13) Le Monde du 28 septembre 2011.

(14) Le Monde du 10 novembre 2011.

(15) DNA du 29 novembre 2011.

(16) Le Monde du 29 novembre 2011.

(17) Politis n°1180 du 8 au 14 décembre 2011.

(18) Politis- N° 1181- du 15 au 21 décembre 2011.



jeudi 10 novembre 2011

Assemblée générale de Justice & Libertés-Rapport d'activité


Justice & Libertés

Comité de vigilance contre l’extrême droite

et pour le respect de l’État de Droit

justiceetlibertes2@gmail.com

http://collectifjusticeetlibertes.blogspot.com

Menaces sur l’Etat de Droit

Rapport d’activité

Avec l’accès à la présidence de Nicolas Sarkozy en 2007, l’Etat français expérimente une nouvelle politique, celle de la haine, «semée entre les composantes de notre société». Cette politique, à caractère populiste, stigmatise en particulier les étrangers, les Français d’origine étrangère, les Roms, les musulmans, les pauvres, les prostitués, les chômeurs, les jeunes des banlieues, tous visés par différentes campagnes ou lois les montrant à la vindicte populaire.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy se caractérise par le développement d’un racisme d’Etat que la France n’avait pas connu depuis la période de Vichy. Invité à donner son avis sur la nomination éventuelle à la présidence de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) de Malik Boutih-fils d’immigrés algériens, socialiste, ancien président de SOS racisme et membre du Conseil économique et social-, Monsieur Longuet, ministre de la défense déclara, en effet : «c’est un homme de grande qualité, mais ce n’est pas le bon personnage. Parce qu’il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l’accueil de tous nos compatriotes» (LM du 12/03/2010). «Le corps français traditionnel» c’est une autre façon de dire «Français blanc de souche et catholique».

S’exprimant au sujet de Dominique Strauss-Kahn quand celui-ci était encore fréquentable, Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale déclare : «Dominique Strauss-Kahn, ce n’est pas (…) l’image de la France des terroirs et des territoires» (Le Monde Magazine du 19 février 2011). C’est vrai que «Christian Jacob», «Nicolas Sarkozy» ou «Carla Bruni-Sarkozy», tous blonds aux yeux bleus, font penser à une «France des terroirs et des territoires» plutôt que «Strauss-Kahn», juif aux cheveux noirs… A son tour, Alain Marleix, député (UMP) du Cantal et responsable des élections à l’UMP, qualifie de «Coréen national» le responsable écologiste Jean-Vincent Placé, tête de liste de la gauche pour les élections sénatoriales dans l’Essonne. Un dérapage de plus? Non, la pensée raciste dominante au sein du pouvoir ; et le président nous promettait, voici 4 ans, une «République irréprochable». Les esprits simples avaient compris un pouvoir appliquant pleinement la Constitution, respectant l’Etat de Droit et la devise de la République- Liberté, Egalité, Fraternité.

Voici le «coup de torchon» de Didier Pourquery, rédacteur en chef du Monde Magazine : «Restons sur cette affaire Tron. Je veux dire : sa démission du gouvernement, pour le reste il n’y a pas d’affaire puisque présomption d’innocence, etc. Est-il le cinquième ou le sixième ministre à quitter un gouvernement Fillon dans cette «République irréprochable» que le président appelait de ses vœux? Egrenons : Alain Joyandet (transport aérien), Christian Blanc (gros cigares), Eric Woerth (micro- partis), Michèle Alliot-Marie (vacances tunisiennes), Georges Tron (voûte plantaire) ça fait cinq ministres démissionnaires pour affaires délicates ou soupçons de malfaisance. Le sixième cité ici ou là est Brice Hortefeux. Il a juste quitté l’équipe à l’occasion d’un remaniement, certes à la suite d’une condamnation pour des propos équivoques sur les Auvergnats... C’est un peu comme Bernard Laporte (l’ami des casinos). Ou André Santini…Ou… Depuis que la République a été déclarée irréprochable, finalement, pas mal de ministres ont sauté.» (Le Monde Magasine du 4 juin 2011).

Ce n’est pas tout. L’UMP vire de plus en plus à droite et chasse, désormais, sur le terrain de l’extrême droite. En son sein s’est constitué un «collectif de la droite populaire»- composé d’une quarantaine de députés- ouvertement racistes, qui a l’oreille du président de la République.

Depuis 2007, la tâche des militants antifascistes devient de plus en plus ardue. En effet, avant 2007, l’ennemi avait le visage du Front national (FN) ou d’Alsace d’abord (AA), les partis organisés de l’extrême droite nationale et régionale. Depuis 2007, en plus des deux organisations citées, nous devons combattre également «le collectif de la droite populaire», «Riposte laïque», groupuscule formé soi-disant de militants issus de la mouvance de «gauche» et s’affichant avec «Bloc identitaire» ou «Résistance républicaine», alliés à l’extrême droite américaine regroupée autour du site internet «Jihad Watch». Les partisans dudit site, associés à «Riposte laïque» et à «Résistance républicaine» ont voulu organiser un rassemblement islamophobe à Strasbourg le 2 juillet 2011 que «Justice et Libertés» a empêché en organisant un contre rassemblement place de la République.

Voilà ce qu’a écrit Pierre Cassen, rédacteur en chef de «Riposte laïque» : «Nous découvrons deux feuilles saumâtres d’un collectif strasbourgeois, Justice et Libertés, qui, fort de tout ce que la gauche compte de partis, syndicats ou associations, se permet non seulement de nous diffamer mais en plus de prouver son manque de sérieux en proférant des mensonges grossiers, sans parler de pratiques qui ressemblent fort à celles d’une extrême droite que ces imposteurs prétendent combattre…Certes, en affirmant que Riposte laïque et Résistance républicaine sont islamophobes, il nous fait un compliment sans le vouloir.»

«Riposte laïque» manifeste au moins son honnêteté en assumant son islamophobie. Contestant le qualificatif de «raciste» proféré à leur encontre par «Justice et Libertés», Pierre Cassen ajoute : «Demander l’interdiction des mosquées et des minarets serait-il raciste ?» Il achève son article en attaquant les organisations membres de Justice et Libertés, en citant notamment : les messieurs du PCF, du Parti de Gauche et du Parti socialiste, du Mouvement français pour le Planning familial, de la FSU, du SNES, du SNUEP et autres UNSA éducation, sans épargner les Amis du Monde Diplomatique, ATTAC, Ras l’front ou la Ligue des Droits de l’Homme. (Article du n° 26, publié le 4 juillet 2011 par Pierre Cassen).

Désormais, «ce n’est pas à l’immigré, à l’étranger que l’on s’attaque, mais à «l’islamiste*», au nom des valeurs de la République» (Caroline Monnot & Abel Mestre-Le système Le Pen-DENOËL). Dans l’une des ses sorties sur les musulmans, Claude Guéant, ministre de l’intérieur n’hésite pas à déclarer en avril 2011, en marge d’un déplacement à Nantes, à la veille du débat de l’UMP sur la laïcité : «c’est vrai que l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion (l’islam), un certain nombre de comportements, posent problème» (Le Monde du 05/04/2011). Problème à qui ? Dans la Constitution, trouve-t-on une clause limitant le nombre des citoyens appartenant à une ethnie ou à une religion ?

Nous voyons bien que la position des ministres et députés islamophobes est anticonstitutionnelle. En effet, l’Article premier de la Constitution est clair : «La République assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race et de religion.» En stigmatisant différentes composantes de la nation française, messieurs les représentants de la nation marchent dans le sillage des partis antirépublicains comme le Front national et Alsace d’abord. C’est également l’opinion de Patrick Weil, historien, chercheur au CNRS, professeur associé à l’université de Yale (Etats-Unis), spécialiste des questions d’immigration. Pour lui «M. Guéant, depuis qu’il est ministre de l’intérieur, ne cesse de faire des distinctions entre Français, selon leur religion ou leur origine. Il viole ainsi l’un des piliers de notre République, le principe d’égalité, qui toujours été pour la France le principal facteur d’intégration nationale.» (Le Monde du 08/07/2011).

Le dernier exemple en date d’un comportement antirépublicain est l’organisation, par le «collectif de la droite populaire», d’un apéritif «saucisson et vin rouge» le 12 juillet 2011 au salon Gabriel à l’Assemblée nationale (Le Monde du 14/07/2011). Nos concitoyens juifs et musulmans sont visés par ce genre d’apéritif, lancé initialement par le Front national.

L’insistance avec laquelle les hautes autorités de l’Etat et certains représentants de la nation refusent le caractère multi- ethnique et multi-religieux du peuple français en mettant l’accent sur «le corps français traditionnel», «l’image de la France des terroirs et des territoires» ou le «Coréen national», inquiète. On n’est pas loin de la légitimation de la vision lepéniste de la France, lorsque Le Pen déclare : «La France stricto-sensu est née à l’aube du Moyen-âge de l’union subtile du vieux fond indo-européen et du christianisme» (René Monzat- Les voleurs d’avenir- Textuel).

Faut-il voir dans cette dérive populiste la tentative du pouvoir de chasser sur le terrain de l’extrême droite, au prix d’un alignement sur ses positions, ou une «drogue» pour faire oublier la grave crise économique et sociale que traverse la France? D’aucuns n’hésitent pas à mettre en parallèle l’actuelle crise économique et celle des années 1930 et l’avalanche de xénophobie et de racisme qui ont conduit l’humanité aux catastrophes que nous connaissons.

Dans ses bulletins et communiqués, Justice et Libertés a toujours dénoncé avec vigueur les dérives racistes et xénophobes du pouvoir actuel. Parallèlement, nous avons dénoncé les politiques économique et sociale du pouvoir qui ont amplement participé à l’aggravation de la crise que connait la France, creusant l’injustice sociale, favorisant la progression des thèses ethniques et racistes de l’extrême droite.

Candidat à l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy promettait qu’il n’augmenterait pas les impôts. Pourtant ses services ont «taxé les clés USB, les disques durs, les véhicules selon des caractéristiques fluctuantes au gré des lois de finances.» Ils ont même «taxé les poissons, les crustacés et les mollusques, avant que la commission européenne ne [leur] dise que, décidément, celle-là était peut-être de trop !» raillait le socialiste Jérôme Cahuzac. (Le Monde du 27/10/2011). Sous Nicolas Sarkozy, les hausses d’impôts sont évaluées à 50 milliards d’euros. Ces hausses touchent souvent la consommation des classes moyennes et populaires. Lors de son intervention télévisée du 27 octobre, Nicolas Sarkozy a annoncé un tour de vis de 6 à 8 milliards d’euros supplémentaires. Parallèlement, les cadeaux fiscaux s’élèvent à 75 milliards d’euros et le nombre de chômeurs a augmenté de 1 millions depuis 2007. Seule une rupture radicale avec le néolibéralisme permettrait à la France de s’en sortir.

C’est dans l’actuel climat de crise que l’extrême droite progresse. Marine Le Pen a lissé son discours sans renoncer aux fondamentaux de son parti. Le «Front national a été créé pour servir de maison à tous les nostalgiques de la monarchie de droit divin ou encore du maréchal Pétain, qui ont en commun de ne pas porter la loi de 1905 dans leur cœur, ni la République. «La Gueuse», comme ils l’appellent.» (Caroline Fourest et Fiammetta Venner- Marine Le Pen- Grasset). Pourtant, les sondages situent Marine Le Pen à 16% des intentions de votes. Les élections présidentielles de mai 2012 s’annoncent donc chaudes et «Justice et Libertés» aura sûrement beaucoup à faire.

L’année écoulée a été très chargée pour notre collectif. De l’organisation de la manifestation du 4 septembre 2010, initiée nationalement par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), jusqu’au rassemblement du 2 juillet 2011, «Justice & Libertés» a relevé les défis de la lutte contre le racisme et l’islamophobie, qu’ils soient le fait de l’exécutif ou des extrêmes droites, locales et nationales.

Il est à souligner que, contrairement aux partis politiques et aux syndicats, Justice & Libertés n’a pas de force militante, mobilisable, à chaque occasion. Depuis sa création, notre collectif s’appuie sur la mobilisation des citoyens et, de ce point de vue, au cours de chaque rassemblement ou manifestation, nous avons été témoins de la participation de citoyens qu’on ne voit pas forcement par ailleurs.

Quelques exemples que vous pouvez consulter dans le classeur qui circule :

1- Après la votation suisse concernant l’interdiction de la construction de minarets, notre collectif a organisé un rassemblement de protestation place Kléber. Le rassemblement avait été organisé dans le cadre du respect des croyances des citoyens européens. Une dizaine de membres et sympathisants du collectif judéo arabe et citoyen pour la paix a participé au rassemblement.

2- Lors de la «marche contre le racisme» du 12 mars 2011, qui s’est déroulée de la mairie de Hœnheim jusqu’à la mairie de Schiltigheim, les amis socialistes de Hœnheim et de Bischheim ont mobilisé leurs conseillers municipaux et adhérents qui ont défilé derrière la banderole du collectif.

3- Pour dénoncer la marche aux flambeaux de «Jeune Alsace», groupuscule néo nazi, nous avons appelé à une contre manifestation à BARR. La veille, avec un jeune socialiste, nous avons distribué des tracts dans les boîtes aux lettres des habitants et devant le lycée Schuré. Six camarades membres des organisations de Justice & Libertés s’étaient rendus à BARR. Un membre d’EELV de la ville et un ami antifasciste Mosellan nous ont rejoints. Plus de vingt jeunes citoyens de BARR nous ont rejoints et voulaient même se rendre à Rosheim, le lieu de repli de «Jeune Alsace».

4- Pour dénoncer le rassemblement islamophobe de «Résistance républicaine» et de «Riposte laïque», rejoint par des islamophobes euro-américains, nous avons appelé à une contre manifestation le 2 juillet, place de la République. Les organisations islamophobes avaient, entre-temps annulé leur rassemblement. Mais, de façon symbolique, nous avons maintenu notre présence, annonçant une ronde de surveillance, organisée par le «Comité de vigilance». Il y avait pourtant une vingtaine de manifestants présents place de la République et notamment des personnes qu’on n’avait pas vu lors de nos manifestations antérieures.

Ces quelques exemples montrent bien que nous arrivons à mobiliser des citoyens lors des actions coup de poing, fréquentes, que nous préparons dans la précipitation.

Pour faire face aux nouveaux défis, «Justice & Libertés» devra renouveler son «Comité de vigilance», composé de camarades réactifs et relativement disponibles. En effet, nous ne pouvons pas laisser la rue à l’extrême droite dont l’agenda nous est souvent imposé. Je vous propose également de choisir un ou deux porte-paroles en mesure de prendre des décisions et d’intervenir au nom du collectif.

Nous devons également choisir un comité de rédaction dont la tâche est de mener un travail d’éducation populaire permanent et efficace. Voilà les enjeux. A nous de les relever.

*Musulman intégriste

Ali, 09/11/2011

samedi 13 août 2011

Bulletin 43


Vigilance

Info

N°43 – juillet- août 2011

Bulletin de

Justice & Libertés

Comité de vigilance contre l’extrême droite et pour le respect de l’Etat de Droit

L’impasse néolibérale

Une rupture radicale avec la politique néolibérale du

pouvoir sarkozyste s’impose

La politique économique néolibérale du pouvoir sarkozyste est une copie de celle de Ronald Reagan (1981-1989), appelée «Reaganomics». Celle-ci s’articulait autour de :

- la réduction massive des impôts sur les sociétés et les individus,

- la déréglementation et les coupes sombres dans les dépenses publiques.

Cette politique prétendait vouloir stimuler l’économie par des réductions d’impôts massives.

Elle a fait exploser la dette de l’Etat et le déséquilibre commercial, semant les germes d’une crise économique qui devait entraîner le krach boursier de Wall Street en 1987.

Reagan accordait de l’importance à l’opinion publique puritaine (The Moral Majority) et s’opposait aux questions liées à la protection de l’environnement et à l’avortement. En France, cette même politique est soutenue, en particulier, par l’aile droite extrême de l’UMP et par l’extrême droite.

- Entre 1981 et 1989, Reagan a augmenté massivement le budget de la Défense de 160%.

- Reagan prônait un Etat fédéral moins tentaculaire. C’est lui qui disait «l’Etat est notre problème». Comment aurait-il réagi lorsque son successeur néolibéral, Georges Bush, s’est appuyé sur l’Etat pour sauver des banques américaines de la faillite certaine ?

Conséquences de la politique de Reagan : les baisses d’impôt combinées à une augmentation forte des dépenses militaires conduisirent à un énorme déficit budgétaire et à une augmentation de la dette publique, qui gonfla de près de 200% entre le début du mandat de Reagan et celui de son successeur Georges Bush.

- La politique de Reagan a creusé le fossé entre riches et pauvres.

2- La même politique s’observe en France : l’offensive néolibérale avait déjà commencé sous Chirac. C’est lui qui disait «trop d’impôt tue l’impôt». Depuis, la politique poursuivie par la droite au pouvoir consiste à réduire massivement l’impôt sur les sociétés et les individus (taxe professionnelle = 26 milliards d’euros, bouclier fiscal, hausse du plafond d’imposition de l’ISF). Il est à souligner que «les grands groupes français internationaux sont bien moins imposés que les sociétés de taille plus modeste, les petites et les moyennes entreprises (PME) ou entreprises de taille intermédiaire (ETI)» (LM du 07 juillet 2011).

- En tant que premier ministre de François Mitterrand, Chirac avait supprimé l’impôt sur la fortune (ISF).

- …Avec la «réforme» de l’ISF -initiée par Sarkozy en 2011- les 592 168 personnes assujetties à l’ISF paieront en moyenne 3862 euros par an, soit 1115 euros en moyenne de moins qu’aujourd’hui (P.L.C.- LM du 15 mai 2011).

- La fusion des conseillers généraux et régionaux privera les collectivités locales de 26 milliards d’euros. Les départements n’arrivent plus à assumer leur mission de service public de proximité (personnes âgées, handicapés, familles, associations, etc.)

- Les dépenses consacrées aux familles, aux personnes âgées et aux handicapés représentent plus de 60% des charges des départements.

- Conséquences de la politique néolibérale du pouvoir sarkozyste : les dépenses des ménages sont en baisse de 0,9% en mars ; de 1,4% en avril et de 0,8% en mai. Remarque : après 5 jours de soldes, la Fédération des enseignes de l’habillement estime que les ventes accusent un repli de 5% par rapport à la même période de 2010 (LM du 3-4 juillet 2011) ;

- Déficit commercial : la part de la France dans le commerce mondial est passée en trois ans de 5,8% à 4,1%. Conséquences : ces mauvais chiffres vont freiner la hausse des rentrées fiscales et donc ralentir le redressement promis par Sarkozy ;

- Taux de croissance : 1,9% au lieu de 2,1% promis. Les déficits publics (Etat, collectivités locales, sécurité sociale) devraient frôler les 6% du PIB ;

- Dette publique : en 2012, la barre symbolique des 90% du PIB. Les trois A accordés par les agences de notation à la dette publique française risquent de sauter.

- Remarque : la dette publique était de 1218 milliards d’euros (64,2%) du PIB en 2007, avant l’élection de Sarkozy.

3- La situation est encore pire en Irlande, en Grèce ou au Portugal. Les prêts accordés par la banque centrale européenne (BCE) aux banques irlandaises représentent plus de 90% du PIB du pays, ceux des banques grecques, 60% du PIB, et ceux des portugaises, 40% (LM du 09 juillet 2011).

Le pillage programmé

Mécanisme des prêts : «de par ses statuts, la Banque centrale européenne (BCE) a l’interdiction de financer directement les Etats. De plus, en vertu du traité de Lisbonne, la solidarité financière entre les Etats membres est interdite… l’UE se place donc au service des marchés financiers, puisque les gouvernements des pays de la zone euro dépendent du secteur privé pour leur financement.»

- Les investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension, assurances) et les hedge funds (fonds spéculatifs) se sont attaqués en 2010 à la Grèce, maillon le plus faible de la chaîne européenne d’endettement, avant de s’en prendre à l’Irlande, au Portugal et à l’Espagne. (Eric Toussaint- LM du 30 juin 2011).

- Parmi les investisseurs institutionnels (appelés les «zinzins»), ce sont les banques privées qui ont fait le plus de profits, car elles pouvaient directement se financer auprès de la BCE en lui empruntant des capitaux à 1% de taux d’intérêt (1,25% depuis fin avril 2011), alors que, dans le même temps, elles prêtaient sur une durée de trois ans à la Grèce à des taux environ 4% ou 5%. A dix ans, elles n’acceptent d’acheter des titres grecs, irlandais ou portugais que si l’intérêt dépasse 10% (Eric Toussaint- LM du 30 juin 2011).

Agence de notation : outil de pillage des investisseurs

Les investisseurs ont un outil imparable : les agences de notation telles que Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch qui font trembler les pays endettés. «Les agences de notation [qui de facto] dictent aux gouvernements démocratiques leurs programmes, souvent avec le soutien d’institutions financières internationales» (Amartya Sen- LM du 3-4 juillet 2011).

Selon l’éditorial du quotidien Le Monde du 10 août 2011 : «les agences de notation n’évaluent pas seulement les comptes des Etats. Elles s’arrogent le droit de sonder les reins et les cœurs, d’évaluer les intentions, les démarches, les temps de réaction des autorités politiques, en principe souveraines (…) ignorant froidement le temps démocratique-celui de la délibération, de l’arbitrage et de l’explication-elles imposent leur agenda, leurs normes et leurs urgences.» Ainsi, «il a suffit que Standard & Poor’s abaisse d’un cran la «note» des Etats-Unis [le 5 août 2011]- c’es-à-dire leur capacité à rembourser leur dette- pour déclencher la dégringolade des Bourses, attiser la spéculation et rendre plus délicate encore la situation des économies occidentales. Ce pouvoir exorbitant est, à bien des égards, choquant

Un autre exemple : Moody’s, une agence américaine a récemment déclaré que la dette portugaise est désormais reléguée en catégorie «spéculative», autrement dit au rang d’obligations «pourrie». Conséquence : la pression des marchés augmente sur le Portugal et les taux portugais à dix ans passent au-dessus des 12% (Marie de Vergès- LM du 08 juillet 2011). A qui profite ce genre de classement ? Suivez mon regard…

Nous connaissons les conséquences de la politique des agences de notation imposée à la Grèce : une baisse des dépenses publiques conduisant à une récession brutale et au freinage de l’économie, suite à une énorme compression budgétaire. En serait-il autrement pour les autres pays saignés par l’oligarchie financière mondiale ? Jeudi 21 juillet 2011, un deuxième plan d’aide de 158 milliards d’euros a été élaboré par les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone d’euro, réunis à Bruxelles. On sait déjà que ce plan ne changera rien sur le fond.

En France, la politique néolibérale du pouvoir sarkozyste est une offensive brutale de l’oligarchie financière en quête effrénée de profits au détriment de la population la plus fragile de notre pays. Cette politique, la plus réactionnaire depuis Vichy, conduit à une impasse et seul un changement radical- non pas un replâtrage- de cette politique permettrait à la France de s’en sortir.