lundi 18 mars 2013

Bulletin n° 51 de Justice & Libertés


Vigilance
Info
N°51 – février- mars 2013
Bulletin de
Justice & Libertés
Comité de vigilance contre l’extrême droite et pour le respect de l’Etat de Droit
Membre de la Coordination Nationale Contre l’Extrême Droite (CONEX)

Non aux politiques d’austérité !

   La politique économique «merkozy» nuit
            gravement à la santé sociale

«Austérité», «rigueur» ou «désendettement». Quel que soit le terme choisi, les conséquences en sont catastrophiques pour les salariés : précarité, licenciement-surtout financier-, chômage : «Le taux de chômage actuellement de 10,5% en France devrait grimper à 10,7% en 2013, puis à 11% en 2014, selon Bruxelles(1) (Suite page 2)
    
Les ayatollahs de la régression sociale de la droite décomplexée

Les deux prétendants à la direction de l’UMP, comparés à Nicolas Sarkozy, sont des «seconds couteaux», des exécutants.

La course aux arguments empruntés à l’extrême droite, et à la régression sociale, bat son plein à l’UMP. (Suite page 3)

         Hommage à
 Stéphane Hessel l’indigné
 (Suite page 4)




Non aux politiques d’austérité ! (Suite de la 1ère page)

La paupérisation se développe de plus en plus et les organisations charitables-Restaurants du Cœur, Croix Rouge, Secours Populaire, Banque Alimentaire- sont submergées. Personne n’y échappe : jeunes ou moins jeunes, vieux, femmes et hommes en pleine force de travail sont réduits à manifester ou à s’accrocher à leur outil de travail, susceptible d’être délocalisé ou d’être fermé définitivement. «GAD SAS [la société bretonne des abattoirs], Doux, mais aussi PSA Aulnay, Petroplus, Goodyear,…la liste des défaillances et des fermetures d’entreprises ne cesse de s’allonger. En 2012, quelque 266 fermetures de sites industriels ont été recensés, soit 42% de plus qu’en 2011. En l’espace de quatre ans, 1087 fermetures ont été annoncées(2)

En face, la bourse se porte comme un charme et les patrons n’hésitent pas à afficher leur salaire mirobolant (comme Carlos Ghosn, patron de Renault). L’écart entre la minorité de Français nantis et les autres se creuse et le pays n’a jamais compté autant de millionnaires, redevables de l’«impôt sur la fortune» (ISF).

C’est la politique d’austérité appelée également «merkozy», cette politique économique imposée par les institutions ultra libérales telles que le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque centrale européenne (BCE) ; cette politique appliquée assidûment par le couple Merkel-Sarkozy qui est à l’origine des problèmes de stagnation, de paupérisation, de fermeture d’usines et de chômage de masse que connait la zone euro.

Rien qu’en France, «30 000 chômeurs par mois depuis l’élection de François Hollande» (1) s’ajoutent à l’armée des chômeurs du pays. Même les différents plans comme le «contrat de génération» ou les «emplois d’avenir», si louables et nécessaires soient-ils, ne sont pas en mesure de combattre ou de ralentir la poussée du chômage, du déclassement et de la paupérisation qui gagnent du terrain. François Hollande reconnaît lui-même : «l’année 2013 sera marquée par une progression du chômage.» (1)  En effet, «les entreprises pourraient supprimer 200 000 emplois d’ici à fin 2014 en France(3) Si la croissance se maintient à zéro en 2013 et 2014, ce sont 500 000 emplois supplémentaires qui disparaîtront, selon Eric Heyer, de l’Observatoire Français des Conjonctures économiques. (3)

Et même une partie de la majorité est consciente qu’elle «se coupe du social, du monde syndical et associatif» selon Jérôme Guedj, l’élu de l’Essonne. Toujours selon lui : «Je ne vois pas où on va, j’ai peur qu’on revive 2002 en 2017(4)
C’est dans un tel climat d’explosion du chômage que le ministre du budget, Jérôme Cahuzac annonce qu’il faudra trouver en 2014 «6 milliards d’euros de recette» en plus pour assurer la stabilité fiscale. (4)

Un autre gagnant de la crise actuelle est l’extrême droite. Marine Le Pen et ses alliés identitaires n’hésitent pas à distribuer des tracts incendiaires à connotation «sociale» devant les usines en difficulté.

Ainsi le Collectif Antifasciste Rennais explique : «Le 23 Mars le groupe d’extrême droite Jeune Bretagne organise à Chartres de Bretagne une conférence intitulée : «Que faire face à la crise sociale européenne ?».  Cette organisation n'a pas choisi cette ville de façon anodine. Elle compte utiliser  les licenciements et l'attaque patronale de la direction de PSA frappant l'usine de La Janais, comme les autres sites du groupe, pour se faire connaître et développer ses thèses xénophobes et violentes.»

 «Désendettement- rentrées fiscales supplémentaires-récession-chômage-baisse du pouvoir d’achat-récession» devient un cercle vicieux. Alors, pourquoi continuer sur une pente glissante qui conduit droit à tant de désastres sociaux ? Nous avons combattus ensemble la «TVA sociale» du pouvoir   sarkozyste  et,   maintenant,    on   nous informe que, pour trouver les 6 milliards de recettes supplémentaires pour 2014, «les députés PS envisagent d’augmenter la TVA à 20,5%» (5) en lieu et place de 20%. Cet impôt injuste touche en particulier les catégories sociales défavorisées et ne fera qu’aggraver la récession.

Pour éviter que la politique actuelle n’entraîne notre pays dans une paupérisation de masse aggravée avec le risque de développement de l’extrême droite, Justice & Libertés demande que soit mise en œuvre une politique de justice sociale et fiscale véritable.


(1)                Jean-Baptiste Chastand- Le Monde du 27 février 2013.
(2)                Laurence Girard- Le Monde du 27 février 2013.
(3)                Dominique Gallois- Le Monde du 28 février 2013.
(4)                Hélène Bekmezian et Bastien Bonnefous- Le Monde du 28 février 2013.
(5)          Claire Guélaud- Le Monde du 1er mars 2013.


Les ayatollahs… (Suite de la 1ère page)

Suite au processus de «dédiabolisation» du FN-satisfaisant aussi bien pour le FN que pour ses compères de l’UMP-, c’est maintenant au tour de l’UMP de s’éloigner du cadre républicain pour se rapprocher davantage du FN, de ses valeurs et de celles de ses composantes. C’est la démarche de la «droite décomplexée» si chère à Jean-François Copé et à ses lieutenants. Ci-dessous, quelques démarches de convergence :

Le 16 janvier 2013, Lionnel Luca, député UMP et un des chefs de file du «Collectif de la droite populaire», déposait une proposition de loi, cosignée par Marion Maréchal-Le Pen, Alain Marleix, l’ancien secrétaire d’Etat UMP et d’autres UMP «décomplexés». La proposition portait sur la reconnaissance du «génocide vendéen de 1793-1794» (1).

Un autre signal de convergence est venu de Christine Boutin- une figure des intégristes au sein de l’UMP- à qui le testament de Louis XVI «révèle son amour pour Dieu, sa famille et son peuple». Ce signal devrait satisfaire les intégristes des deux bords.

A l’initiative de Jacques Bompard, élu d’extrême droite et un des fondateurs du FN, plusieurs responsables d’extrême droite débattront des libertés à l’Assemblée nationale, où sont invités des représentants de leur mouvance mais aussi deux membres de l’UMP, qui ont confirmé leur présence à l’AFP. (2)
Convergences UMP-FN sur la lecture de l’histoire, sur la figure «martyre» de Louis XVI, sur les «libertés», grâce aux projets de lois, des dialogues et des colloques. Que veut le peuple de droite ?!!!

Faut-il rappeler que le travail de «convergence» a commencé sous Nicolas Sarkozy, conseillé par Patrick Buisson, venu de l’extrême droite. Actuellement, ledit conseiller continue son travail d’«unification de toutes les droites» auprès des responsables de l’UMP dont Jean-François Copé qui admet avoir «adopté pendant la campagne interne pour la présidence du parti une ligne clivante, dans la continuité de celle préconisée par M. Buisson pour la campagne présidentielle de M. Sarkozy.» (3)

Voici ce que pense Patrick Buisson du combat fratricide Copé-Fillon : «Incontestablement, Jean-François Copé aura fait montre d’un grand courage dans le combat des idées(4)
Y a-t-il une différence notable entre Jean-François Copé et François Fillon ? Force est de constater que les deux candidats à la présidence de l’UMP ne ratent aucune occasion pour se réclamer de l’héritage sarkozyste. Le 21 août 2012, sur RMC, Jean-François Copé a parlé de son «lien très singulier, très personnel» avec Nicolas Sarkozy, et souligné qu’il a «partagé avec lui tous ses combats» (5)

De son côté, François Fillon dit haut et fort que «toutes critiques contre le bilan de Nicolas Sarkozy sont des critiques contre moi-même(6)

Ces déclarations montrent bien que les deux prétendants à la direction de l’UMP sont, par rapport à Nicolas Sarkozy, des «seconds couteaux», des exécutants d’un théoricien que Renaud Dély (7) qualifie d’«inventeur de la droite brune». Les journalistes ne se sont pas trompés lorsqu’ils notent que dans son programme, François Fillon a intégré des fondamentaux de la campagne de Nicolas Sarkozy : pas d’aide sociale sans contreparties ; «assimilation» obligatoire pour les immigrés, qui seraient «sanctionnés quand ils ne s’intègrent pas» ; fermeté en matière de sécurité. (8)

A son tour, Jean-François Copé reprend la plupart des thèmes de campagne de Nicolas Sarkozy, de la lutte contre l’assistanat à l’immigration incontrôlée. «Je m’inscris dans sa continuité (…) en incarnant une droite décomplexée. » (8)

On voit bien que sur le fond, il n’y a pas de différence notable entre Jean-François Copé et François Fillon qui a mené campagne sur une ligne radicale. Il devrait exister de petites différences de méthodes, liées au parcours ou à la personnalité de chacun.

La «droite décomplexée» est donc une droite qui cible les couches défavorisées de la société qualifiées d’«assistés», terme employé par l’extrême droite. Comme elle, la «droite décomplexée» attise les peurs de la société en ciblant les «étrangers» -Roms, Musulmans, Maghrébins- qui ne s’«intègrent» pas et sont la cause des maux dont souffre le pays. En détournant la colère des travailleurs français vers les travailleurs étrangers et les sans-papiers, l’étranger devient le bouc émissaire qui protège la grande bourgeoisie financière et industrielle de la colère populaire. La stigmatisation des «élites», jetées en pâture au «peuple», la dénonciation du «système»- la République-, l’éloge des électeurs d’extrême droite qualifiés de «voix de la France qui souffre», sont quelques traits caractéristiques du populisme à la française.

Imitant Jean-Marie Le Pen au soir du 21 avril 2002, qui prétendait en appeler «aux petits, aux sans-grades», Nicolas Sarkozy lançait à ses partisans rassemblés pour son premier meeting d’entre-deux-tours : «Je veux parler aux petits, je veux parler aux sans-grades, je veux parler aux ruraux qui ne veulent pas mourir, je veux parler aux travailleurs qui ne veulent pas que celui qui ne travaille pas gagne davantage que lui […], je veux parler à tous ceux dont l’opinion ne compte pas parce qu’ils ne manifestent pas, parce qu’ils ne protestent pas, parce qu’ils ne cassent pas, mais qu’ils ont le droit d’être respectés et, nous, le devoir de leur répondre !... »(7)

Bref, c’est le langage et le projet lepénistes qui forment le discours et le projet de la «droite décomplexée».

Comparant Nicolas Sarkozy à ses lieutenants, Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap, écrit : «La droite décomplexée de Nicolas Sarkozy pouvait emprunter au bonapartisme, au conservatisme ou à la droite maurassienne, avec la grande plasticité idéologique qui le caractérise. Mais, aujourd’hui, la droite décomplexée, c’est la ligne maurassienne de Patrick Buisson(9)

Le cœur du projet de la «droite décomplexée» est  rétrograde, antisocial, xénophobe et raciste.

D’aucuns pensent que la «droite décomplexée» a perdu le contact avec le pays réel. «De part et d’autre de l’Atlantique, la guerre à l’impôt, le moindre d’Etat, la remise en cause des acquis sociaux, le nationalisme, le procès fait au libéralisme post-1968 en matière de mœurs, ne suffisent plus nécessairement à unir une majorité. Analogues par leurs origines, les crises d’identité que traversent les deux droites, française et américaine, supposent de profonds aggiornamentos(10)
L’avenir nous dira si la «droite décomplexée» est un mirage sans lendemain pour la droite ou un cauchemar pour les Français.

(1) Le Monde du 19 janvier 2013.
(2) L’EXPRESS.fr du 25 janvier 2013.
(3) Le Monde du 26 janvier 2013.
(4) Le Figaro du 13 novembre 2012.
(5)  Patrick Jarreau- Le Monde du 24 août 2012.
(6)  Abel Mestre- Le Monde du 28 août 2012.
(7) Renaud Dély- La droite Brune- Flammarion ENQUÊTE.
(8) Alexandre Lemarié- Le Monde du 1er septembre 2012.
(9) Pierre Jaxel-Truer- Le Monde magazine du 1er décembre 2012.
(10)Philippe Bernard-Service International- Le Monde du 08 décembre 2012.

 Hommage à Stéphane Hessel (suite de la 1ère page)

Décédé le 27 février 2013 à 95 ans, Stéphane Hessel fut toute sa vie un infatigable défenseur des Droits de l'Homme.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il participa à la Résistance, fut arrêté et déporté en camps de concentration, dont il réchappa de justesse.

Devenu diplomate à l'ONU, il participa à l'élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme en 1948, déclaration qui fut pour lui une référence constante et le conduisit à s'engager dans de multiples combats pour leur défense, contre toutes les oppressions.

Son autre référence fut le programme du Conseil National de la Résistance, programme élaborant une politique de justice sociale pour la France.

En 2010, il publiait : «Indignez-vous !» pour inciter les jeunes générations à ne pas accepter et à résister contre un monde d'injustices et d'inégalités.

Cet ouvrage fut suivit rapidement de : «Engagez-vous !».

Ses engagements divers et prolongés lui valurent de nombreuses attaques et calomnies.
Il nous a montré la voix de l'esprit de résistance et de non- résignation à l'injustice.

Pour tout ce qu'il nous a apporté et l'exemple qu'il nous a montré, nous lui rendons un très sincère hommage.

                                                                                                                                B.R. Le 17 mars 2013

samedi 26 janvier 2013

Bulletin 50- janvier 2013


Vigilance
                      Info
N° 50 – janvier 2013
Bulletin de Justice & Libertés, Comité de vigilance contre l’extrême droite
et pour le respect de l’Etat de Droit
                                                                                                                                                      

L’antisémitisme en Alsace :
Les non-dits d’une histoire



Quelqu’un a dit que «le summum du nazisme c’est l’antisémitisme.» Rien qu’en France, sur les 75 721 Juifs déportés vers les camps nazis- dont 11 400 enfants- entre 2500 et 3000 ont survécus.

En a-t-on tiré des leçons? Le témoignage des familles juives alsaciennes de retour en Alsace accable l’antisémitisme ambiant d’alors. Ainsi, «Guy L. se souvient de ce retour. «Dans la cour de l’école, certains enfants me traitaient ouvertement de sale juif. L’instituteur me tirait les cheveux et les oreilles dès qu’il en avait l’occasion. Personne ne pensait que nous reviendrions.» De nombreuses familles juives alsaciennes racontent des histoires similaires. (Les saisons d’Alsace d’été 2005).

Depuis soixante-cinq ans, au silence sur «la nazification et la collaboration» en Alsace, s’ajoute celui sur l’antisémitisme et la purification ethnique durant la période 1940-1945. Pour un autre survivant, «Le silence témoigne d’un deuil interminable. (…) Ce qui a été refoulé resurgit avec la même force d’une manière ou d’une autre, à la génération suivante. (…) Les profanations, nombreuses dans notre région, sont peut-être à leur tour, le symptôme de ce deuil impossible et d’un blanc dans le récit?» (Les saisons d’Alsace- été 2005). (Suite page 2)


             Non à l’homophobie
         Oui à l’égalité des droits

Le projet de loi instituant «l’égalité pour tous» représente l’honneur de la société française, car il montre qu’elle a franchi un pas de plus sur la voie du respect de tous ses membres. (Suite page 3)
Certes, l’antisémitisme a des racines profondes en Alsace et son traitement requiert une thérapie profonde et prolongée de la société. L’Histoire nous apprend qu’«au milieu du XIVe siècle, les Juifs de Strasbourg, dans leur quasi-totalité, deux mille personnes environ, furent brûlés vifs par une population les accusant d’avoir empoisonné les puits et causé la peste noire. Bannis de la ville quatre siècles durant, les Juifs alsaciens, du fait de la grande réticence des pouvoirs locaux, furent les derniers en France à bénéficier de l’égalité civile et religieuse décrétée par la révolution française.»(1)

Actuellement, où en est l’antisémitisme en Alsace? Un retour sur l’histoire nous apprend que les juifs et les chrétiens ont vécu plusieurs décennies dans la campagne alsacienne. Cette cohabitation a été interrompue brutalement, suite à l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne nazie et le départ des Juifs. Michel Wieviorka revient sur ce passé «pour lequel un deuil n’a pas été conduit».

Les points forts de la recherche menée en Alsace par Michel Wieviorka (1) sont les suivants :
-       Le souvenir de cette cohabitation devient une occultation car il n’a pas nourri un travail de la population sur elle-même.
-       Ce qui frappe d’abord est le silence [encore le silence !] gêné autour du thème de l’antisémitisme, et les procédés de dénégation qu’il suscite. Il y a également la dénégation du drame vécu par les Juifs ; drame comparé à autre chose (1), ou pour en déplorer le caractère, sinon exagéré, du moins anachronique (1).
-       Les sentiments de «culpabilité» et de «mauvaise conscience»- vis-à-vis du nazisme, comme du sort des Juifs- sont occultés par un puissant sentiment de victimisation. Le nœud central de ce processus d’occultation inclut la mémoire des «malgré-nous».
«Silence», «dénégation», «occultation»: voici les trois piliers de l’antisémitisme en Alsace.
Les générations de l’après-guerre ont-elles été épargnées par le silence, l’occultation et la dénégation des parents et des grands-parents? « Une chose est sûre. Les enfants de ces parents silencieux, quoi qu’ils fassent, vivent avec cet héritage. (…) c’est un leurre d’imaginer que la guerre est un vieux souvenir. Les enfants continuent à véhiculer une partie des traumatismes» (Les saisons d’Alsace d’été 2005).

Dès lors, trois attitudes se dégagent.
-       certains Alsaciens manifestent la volonté d’approfondir les connaissances relatives au judaïsme.
-       certains Alsaciens de confession juive ont organisé, pour leurs enfants, des séjours linguistiques en Allemagne.
-       une troisième catégorie, nostalgique du troisième Reich, continue à s’exprimer avec des croix gammées et des croix celtiques. Michel Wieviorka rapporte les propos d’une savernoise : «…Il est sûr que quand Hitler il était là-je ne parle pas maintenant de tous les génocides, je ne parle pas des exterminations-mais il y avait un certain ordre, un certain respect. Ça c’est vrai.» Et le chercheur de rajouter : c’est ainsi que l’on regrette les méthodes fortes, comme dans ces villages où la cohabitation avec les gens du voyage tourne ces derniers temps à la catastrophe et où, témoigne un Alsacien, né pendant la guerre…, «vous avez des réactions… «il faudrait que Hitler revienne »… «il faudrait que Hitler revienne pour les gazer ».
Il est à souligner qu’une personne présente au congrès constitutif du parti extrême droite «Alsace d’abord», avait clamé, sans vergogne: «Hitler avait raison» !
Faut-il s’étonner «si la région n’a pas le monopole des profanations de cimetières juifs, elle est à l’évidence pionnière en la matière, depuis fort longtemps, et elles y demeurent les plus nombreuses et les plus fréquentes»?  (1)..

En guise de conclusion :

Le silence conduit au «deuil impossible» qui, à son tour, laisse le champ libre aux profanateurs, «symptôme de ce deuil impossible». Dès lors, une chose parait évidente : tant que lesdits silences perdurent, tant que les Alsaciens n’ouvrent pas grand les pages sombres de leur histoire, ils continueront à se comporter en marge de l’histoire, sous peine de «devenir les «Malgré-Nous» d’un XXIe siècle qui a vraiment mal démarré.» (Bernard Reumaux- Les saisons d’Alsace- été 2005).

En effet, la réconciliation franco-allemande n’a pas été suivie par celle de l’Alsace avec elle-même et avec la «France de l’intérieur». L’Alsace continue à être murée dans le silence, l’occultation et la dénégation. Le terme «France de l’intérieur» évoque un mur de séparation, transformé en mur de lamentation : «personne ne nous aime». Comme le dit à juste titre Bernard Reumaux, l’Alsace n’est ni une terre d’exception («nous sommes les meilleurs»), ni une réserve de victimes incomprises. Les Alsaciens ne sont pas, non plus, «des victimes de l’Histoire… L’Alsace ne doit pas oublier les autres victimes de l’Histoire en France» (Marc Ferro). 

Après la «fin du silence», il est venu le temps d’agir. Agir pour débattre de l’histoire récente, de toutes les souffrances, même celles qui dérangent, pour qu’il n’y ait plus de silence, plus d’occultation, plus de dénégation. Il faudrait briser le mur qui sépare l’Alsace de la «France de l’intérieur». Vaste programme que pourraient-et devraient- assumer les élus (locaux, régionaux, nationaux) et les citoyens engagés, dans chaque commune, voire dans chaque quartier.                                                                                                                                A.R.

(1)   Michel Wieviorka- La tentation antisémite- Robert Laffont. 

Non à l’homophobie… (Suite de la 1ère page)
Le projet de loi s’inscrit dans la longue marche de la société vers l’intégration de ses enfants homosexuels, longtemps ignorés, méprisés et discriminés.

En effet, à chaque étape du développement social, une couche sociale sort de l’ombre, est acceptée par la société, sans que pour autant, les discriminations dont elle faisait l’objet, ne disparaissent entièrement.

C’est maintenant au tour des homosexuels de sortir de l’ombre et la société doit les accepter à égalité de tous.

Depuis le lancement du débat sur l’«égalité pour tous», les forces réactionnaires et homophobes de tous bords- les catholiques intégristes, les traditionnalistes, la conférence des évêques, l’extrême droite - ont trouvé l’occasion de s’opposer au progrès social.
Les traditionnalistes voient dans l’élargissement du mariage un pas de plus dans la réduction du pré carré de l’Eglise catholique, de la Synagogue et de la Mosquée, qui-au prix de pressions morales d’un autre temps- souhaitent maintenir l’emprise d’idées retardataires sur la société.

Pour ne pas paraître réactionnaire, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, se pose en défenseur des «droits fondamentaux des enfants». Oubliant le caractère laïc de la République, le cardinal regrette l’absence de concertation avec l’Eglise, alors que le débat sur l’«égalité des droits » est verrouillé au sein même de l’Eglise.

La manifestation du 13 janvier à Paris a rassemblé tous les réactionnaires, depuis l’UMP fracturée, la conférence des évêques, les intégristes de CIVITAS et d’Alliance Vita, jusqu’au Front national, les identitaires et les «Jeunesses nationalistes», les ultras de l’extrême droite.

Fidèle à sa mission de défense d’une société diverse, tolérante et respectueuse du vivre ensemble, Justice & Libertés estime qu’il est du devoir de tous les démocrates et progressistes de se mobiliser afin de soutenir la juste cause des gays et des lesbiennes. Ce combat dépasse largement le cadre étroit de reconnaissance d’une couche sociale. Ce combat est celui de toute la société, en marche vers plus de tolérance et d’harmonie. C’est un combat qui a commencé en 1789 et nous avons l’honneur de poursuivre son message universel de Liberté, d’égalité, de fraternité

mercredi 28 novembre 2012

Appel au rassemblement contre les homophobes, pour le vivre ensemble



Non à l’homophobie. Oui à l’égalité de droits pour tous

Depuis le lancement du débat sur le «mariage pour tous», les forces réactionnaires et homophobes de tous bord- les catholiques intégristes, les traditionnalistes, la conférence des évêques, l’extrême droite - ont trouvé l’occasion de s’opposer au progrès social.

CIVITAS, institut intégriste qui, selon ses propres termes, est «engagée dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier» s’agite par-ci, par-là pour distiller la haine de l’autre, en particulier la haine de nos concitoyens homo et lesbiennes. Son président, Alain ESCADA, organise, mercredi 28 novembre, salle Mozart à Strasbourg, une conférence débat pour dire : Non au « mariage homosexuel ; non à l’adoption d’enfants par les homos.»

Pour Justice & Libertés, la conférence homophobe de CIVITAS est une menace pour le vivre ensemble.

Afin de dénoncer le caractère réactionnaire et intolérant de la conférence, nous appelons nos camarades disponibles ainsi que tous les démocrates, anti-intégristes, antifascistes et citoyens épris de liberté à se rendre devant la :


Salle Mozart- 1, Rue du Miroir (place Gutenberg- rue Gutenberg- rue du Miroir, à côté du chausseur Méphisto)
               Mercredi 28 novembre- 20H

                                                                                Comité de vigilance

dimanche 28 octobre 2012

Bulletin n° 49


Vigilance
Info
N°49 – novembre-décembre 2012
Bulletin de
Justice & Libertés
Comité de vigilance contre l’extrême droite et pour le respect de l’Etat de Droit
 
         Exclusion et rejet :
     Valeurs communes à
         l’UMP et au FN

Les efforts de Nicolas Sarkozy pour «extrême droitiser» l’UMP ont-ils fini par aboutir ? En effet les indices de convergence politique et idéologique se multiplient entre l’UMP et le FN.

Un militant marseillais de l’UMP, partisan d’une «droite dure», estime que dans son département «il n’y a qu’un «petit pont» entre l’UMP et le FN»(1). «Petit pont» ou  «boulevard», nous allons confronter les propos et réactions des représentants (élus ou non) de l’UMP et du FN, exprimés ou observés à propos de différentes questions de société.

Commençons par les «centres éducatifs fermés» (CEF). Les CEF, créés par une loi Perben de 2002, sont de petites structures qui accueillent 10 à 12 mineurs récidivistes de 13 à 18 ans, encadrés par une vingtaine d’éducateurs, pour six mois, renouvelables une fois. Le contrôleur général des lieux de privation de libertés s’était inquiété, le 1er décembre 2010, du «recours abusif, parfois usuel, des moyens de contraintes physiques» envers ceux qui restent «des enfants en difficulté(2)

 Pas d’espace public pour les
 agités «identitaires» (suite, page 3)



Voici l’état des lieux du CEF de Savigny-sur-Orge (Essonne) : «la situation dramatique de cette structure après sept mois d’observation. Tout est sale, dégradé et délabré» écrit la directrice du CEF. «Les mineurs mangent directement dans le plat par manque de vaisselle (…) Ma mission devient très difficile, sinon impossible


La garde des sceaux, Christiane Taubira, s’est prononcée contre les CEF et pour des centres en milieu ouvert qui limiteraient la récidive à 80% et que les transformer en centres fermés serait «incongru».

Voici quelques réactions-prises de position- presque identiques de la droite et l’extrême droite aux propositions de la garde des sceaux. «Mme Taubira défend une vision idéologique, passéiste et naïve d’une justice qui refuse toute place à la sanction » (Eric Ciotti, secrétaire national de l’UMP à la sécurité). La ministre mène une politique caractérisée par «une fascination envers le délinquant criminel» (Wallerand de Saint-Just- Front national).

Primer le répressif sur l’éducatif- qualifié par Eric Ciotti ou Wallerand de Saint-Just «vision idéologique, passéiste, naïve» ou «fascination envers le délinquant criminel»- constitue la culture sécuritaire commune à l’UMP et au Front National.

«L’Aide médicale de l’Etat» (AME) constitue un autre champ de convergence UMP-FN. Le FN vise ni plus ni moins à supprimer ce dispositif destiné à prendre en charge les dépenses médicales des étrangers sans ressources en situation irrégulière(3). Le FN, lui, voit dans ce dispositif «un appel d’air à l’immigration clandestine, alimentant les réseaux mafieux(3)

A son tour, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, Christian Jacob a annoncé que les députés UMP seraient «très offensifs» sur l’AME. Dominique Tian, (UMP, Bouches-du-Rhône) dénonce l’AME, dans les mêmes termes que le FN : le «tourisme médical» qui alimente «des filières mafieuses» (3). Une position basée sur «l’exclusion et l’affrontement» et dénoncée par Marisol Touraine, ministre des affaires sociales.

Patrick Roger, journaliste au quotidien Le Monde, relève à juste titre que «sur certains thèmes, les mots de députés de droite rejoignent ceux de l’extrême droite. Les deux élus du FN se sentent alors peut-être un peu moins seuls(3) En effet, le débat sur la suppression du «droit de timbre» pour l’accès à l’AME accordée aux étrangers sans ressources en situation irrégulière, a offert l’occasion aux deux députés du FN, Marion Maréchal-Le Pen (Vaucluse) et Gilbert Collard (Gard) de descendre du dernier rang pour venir s’assoir à côté de leurs collègues de l’UMP, parmi lesquels ils se sont fondus(4).

La convergence entre l’UMP et le FN s’observe également sur la rafle du Vél’d’Hiv. Dimanche 22 juillet, au square des Martyres juifs, sur les lieux mêmes de l’ancien Vélodrome d’hiver, quai de Grenelle à Paris, le président de la République, François Hollande a rappelé, d’une part, que «la vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France», et d’autre part que : «pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de cette opération

La réaction de l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, n’a pas tardé à venir. Il se dit «scandalisé» par les propos de François Hollande sur la rafle du Vél’d’Hiv. Selon lui « …la France n’a rien avoir avec cela». Il faut rappeler que le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) dénonce les propos de M. Guaino (5). Qu’en pense Florian Philippot, l’un des vice-présidents du FN ? Selon lui, «il faut cesser de culpabiliser les Français»(7). Henri Guaino et Florian Philippot n’ont pas été démentis par leurs partis et nous estimons qu’ils parlaient au nom de leurs organisations respectives.

Un observateur averti ne trouve aucune différence entre la position de l’UMP et du FN sur la rafle du Vél’d’Hiv.

Ce n’est plus un secret pour personne que le rejet de l’étranger ou du Français d’origine étrangère est la marque de fabrique de l’UMP et du FN. Tout le monde se souvient encore d’Amine, militant d’origine maghrébine de l’UMP, participant à l’Université d’été 2009 de son parti. Alors ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux avait tenu des propos racistes sur Amine: «quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes… ».

Sous Sarkozy, l’immigré était la cible favorite et permanente des ministres UMP et du FN. Par exemple, pour lutter contre la «fraude sociale», Claude Guéant, alors ministre de l’intérieur, ciblait les étrangers. Il avait annoncé la «connexion», dès le 1er janvier 2012, «des fichiers des étrangers résidents en France et des fichiers de Sécurité sociale»(8). Selon les journalistes du quotidien Le Monde qui ont rédigé l’article, «l’annonce de M.Guéant s’inscrit dans la droite ligne des thèmes de campagne de l’UMP. Elle reprend aussi un sujet défendu par le candidate du FN à l’élection présidentielle, Marine Le Pen.»(8)

Or, la fraude fiscale des allocataires-Français et étrangers confondus- estimée par la Cour des comptes à environ 3 milliards d’euros par an, ne pèse rien face à la fraude fiscale des entreprises et des ménages aisés, qui s’élève, quant à elle, à 45 milliards d’euros (9). L’évasion fiscale s’élève à 50 milliards d’euros (12) et l’équivalent de dix fois la richesse de la France est caché dans les paradis fiscaux (13).

Imitant Marine Le Pen, Claude Guéant va jusqu’à dire que «la France accueille «trop» d’étrangers en situation régulière»(10).

Durant le quinquennat Sarkozy, pour exprimer leurs idées, l’UMP et le FN utilisaient le même langage : coût du travail et non salaire, «charges sociales et non cotisations, assistanat et non droits sociaux, libéralisme et non capitalisme, Etat-providence et non Etat social de droit». (11)

Les dirigeants de l’UMP ont-ils bien reçu le message que les Français leur ont envoyé à l’occasion des élections présidentielles et législatives 2012 ? Critiquant le «ni, ni»-ni alliance électorale avec le PS ni avec le FN- imposé lors des dernières législatives par l’UMP, François Baroin, l’ancien ministre de l’économie a dit : «on a perdu les municipales, les régionales les cantonales, les sénatoriales, la présidentielles, les législatives, il faut tirer les enseignements de tout ça»(14)

Pour l’ancien ministre, si 21 députés de la Droite populaire ont été battus aux dernières législatives, c’est la preuve que «l’opinion n’approuve pas» la course derrière le FN.

Mais, l’UMP est parcourue de courants divergents. Lionnel Luca, cofondateur de la «Droite populaire», fait une autre  lecture de l’échec des députés de son collectif. «Ce n’est pas la droitisation du discours qui fait perdre l’UMP, c’est le manque de droitisation des actes (…) Les gens attendaient le «Kärcher», ils ne l’ont pas eu… Du coup on a le vote FN(14)

Il y a du travail à l’UMP. Saura-t-elle revenir au bercail républicain ou continuera-t-elle à courir derrière le FN ? Le «collectif de la Droite populaire» et les «amis de Nicolas Sarkozy», association conduite par des Brice Hortefeux et des Nadine Morano, représentent un important courant situé à la droite extrême de l’UMP. Les républicains arriveront-ils un jour à se faire entendre ? Un sombre avenir attend l’UMP.
                                                                                                                                                                                                                A.R.


Pas d’espace public pour les agités «identitaires»

"Les lois de la physique politique sont tellement prévisibles: quand une partie de l'UMP, regroupée autour de Copé, mais avec une "résistance" de plus en plus molle de Fillon, reprend à son compte les vieilles lunes racistes et l es bobards véhiculées depuis des décennies par le FN, donnant à ce dernier un vernis de crédibilité, elle ouvre un boulevard à la droite de cette droite extrême, notamment avec les agités "identitaires": occupation du minaret de la mosquée de Poitiers, pétitions en ligne pour l'expulsion des clandestins, "jeune Bretagne" qui appelle à manifester devant un squat, convention identitaire annoncée à Orange le 29 octobre grâce à la bienveillance de Bompard... Il est plus que temps que tous les démocrates, celles et ceux qui ne veulent pas de ce climat d'intolérance brutale se manifestent avec nous. Pas d'espace public pour les fachos !"                                                                                                JLH                                                                                                                                         

mercredi 3 octobre 2012

Bulletin n° 48


Vigilance
Info
N°48 – septembre- octobre 2012
Bulletin de
Justice & Libertés
Comité de vigilance contre l’extrême droite et pour le respect de l’Etat de Droit
 
Pourquoi l’extrême droite est-elle
forte en Alsace ?

Après un bilan des actions et interventions-nombreuses et efficaces mais pas toujours très fournies en participants- de Justice & Libertés, et explications des associations sur leur manière de fonctionner- qui ont donné lieu à un projet de séminaire- nous débattons de l’étude intitulée : «Pourquoi l’extrême droite est-elle forte en Alsace ? » reproduite ci-dessous.

«Les saisons d’Alsace» de l’été 2005 ont annoncé «la fin du silence». Dans un article du type éditorial, Philippe Breton développe «l’immense silence qui a longtemps recouvert l’Alsace (…) silence auquel on a parfois opposé l’absence du «devoir de mémoire»»(1). Il énumère les sujets soumis à la loi du «silence» : silence sur les ralliés par opportunisme et sur les nazis par conviction ; sur ce que le bras a dû faire ; sur ceux qui sont restés et ont subi dans leur chair la violence de la propagande et de la torture des consciences ; sur les enrôlés de force, dans les multiples organisations nazies,…dans les SS ; sur les résistants ; etc. En parlant du «nécessaire silence», Philippe Breton conclut à juste titre : «le silence n’est pas l’oubli

Certes, l’objectif n’est pas de citer tous les sujets concernés par le «silence» et répertoriés par «Les saisons d’Alsace». Mais, force est de constater qu’un «silence» n’a pas eu droit de cité : le silence sur l’intensité de la propagande anti-juive de l’appareil nazi, alimentant l’antisémitisme en Alsace. Un silence qui continue à empoisonner la vie en Alsace.
Intéressons-nous à deux thèmes soumis au «silence» :


A-    La nazification de l’Alsace et la collaboration ;
B-    L’antisémitisme.
Pour développer ces thèmes-et afin de rester au plus près des évènements-je fais appel aux historiens et aux sociologues.

A-    Dans le cadre de la nazification de l’Alsace, «un vaste programme est mis en œuvre à marches forcées par le Gauleiter Wagner» : stage de rééducation (Umschulung) à l’idéologie nazie pour les enseignants et les fonctionnaires, surveillance des faits et gestes de la population par des Blockleiter et des Zellenleiter, affectation forcée de jeunes alsaciens dans les organisations de la jeunesse hitlérienne, période d’instruction des jeunes dans le Reichsrbeitsdiest (RAD), adhésion des salariés au Deutsch Arbeisfront, serment au Führer des fonctionnaires, etc. (Les saisons d’Alsace- été 2005- page 44- Leçon n°2).

Tous les observateurs de la période 1940-1945 insistent sur l’acharnement des occupants allemands à nazifier l’Alsace. Les quelques lignes que je viens de citer ne suffisent pas à rendre compte du travail systématique de l’appareil nazi en Alsace. Disons simplement que l’effort de propagande était particulièrement centré sur les jeunes. Combien d’entre eux ont définitivement rejeté l’idéologie nazie ?

Il y a des interrogations sur l’attitude des Alsaciens durant l’annexion.

Eugène Riedweg a qualifié leur comportement de globalement «attentiste». (Les saisons d’Alsace- été 2005- page 45).

Pour Bernard Vogler, «il s’agissait d’abord de survivre au jour le jour, de gagner du temps, parfois en donnant un gage pour avoir la paix. Résister, c’était risquer de se faire envoyer au camp de correction de Schirmeck». (Les saisons d’Alsace- été 2005- page 45).

Alfred Wahl est, lui, plus ferme : «certains Alsaciens se sont indubitablement ralliés volontairement au régime nazi. Leur adhésion allait bien au-delà d’une collaboration minimale. Mais, dans l’ensemble, on peut dire que la plupart des Alsaciens a été dans l’obligation de se rallier au système : il s’agissait en quelque sorte d’un ralliement de force.» (Les saisons d’Alsace-été 2005- page 45).

Pour Nicolas Stoskopf, «le concept d’attentisme ne reflète pas correctement le comportement d’ensemble des Alsaciens restés dans leur région pendant la guerre. (…) D’une certaine façon, les Alsaciens sont massivement et collectivement compromis, et cela se paye au regard de l’histoire.» (Les saisons d’Alsace- été 2005- page 45).

Existe-t-il une ligne de démarcation entre «ralliés de force» et collaborateurs, qualifiés par Alfred Wahl de «ralliés volontairement au régime nazi» ?

Après avoir classifié les «ralliés» en «vrais» et «faux» collaborateurs, Jean-Laurent Vonau, professeur émérite de l’Université de Strasbourg, qualifie de «évidemment…bien sûr suspects» les Alsaciens entrés dans la SA. Il ajoute : «plus on montait dans la hiérarchie, plus le ralliement était perceptible.» Par contre, «les membres du parti (les PG-Partei Genosse) étaient très majoritairement des nazis convaincus.» Combien étaient-ils ? «En juin 1944 le Gauleiter considérait que 75000 personnes étaient membres : 25000 Alsaciens et 50000 Allemands vivant en Alsace. Cela représentait alors, selon Riedweg, 2,3% de la population alsacienne.» Ainsi, «parmi les premiers ralliés, on constate fréquemment qu’un de leurs parents était allemand, le plus souvent la mère.» Et «un membre de la Hitler Jugend avant le 1er janvier 1942 est forcément un volontaire. (…) Les volontaires dans la Wehrmacht ne sont repérables que jusqu’au 25 août 1942.» (Les saisons d’Alsace n°44).

Historien et l’auteur d’une thèse consacrée à «La politique de nazification en Alsace», Lothar Kettenacker, est plus catégorique. Selon lui : «la population alsacienne était globalement d’accord avec l’annexion. Cependant, les autonomistes (mais pas leur composante catholique, plus régionaliste qu’irrédentiste) ont diffusé des idées fascistes et ont préparé le terrain.» Depuis combien de temps? Ce qui laisse à penser que la nazification de l’Alsace est antérieure à 1940.

Partageant l’avis de Lothar Kettenacker, Léon Strauss écrit : «lors de l’annexion, le terreau est en partie favorable au national-socialisme. Des aspects totalitaires du régime sont connus et acceptés dans certaines catégories, notamment chez les protestants luthériens

Lorsque Nicolas Stoskopf, historien, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Haute-Alsace, écrit que «les Alsaciens sont massivement et collectivement compromis », connaissait-il la position de Lothar Kettenacker et de Léon Strauss ?

Dès lors, il devient difficile de limiter le nombre des Alsaciens acquis à l’idéologie national-socialiste aux «volontaires» et aux membres du «NSDAP», donc à 2,3% voire 3% (selon Jean-Laurent Vonau- Les saisons d’Alsace n°44-page 101) de la population.

Globalement attentistes, ralliés volontaires au régime nazi, ralliés de force, Alsaciens compromis massivement et collectivement, volontaires, suspects, nazis convaincus…Force est de constater, primo, que beaucoup d’Alsaciens se sont, volontairement ou involontairement, compromis avec l’occupant nazi et son idéologie national-socialiste ; secundo, que les historiens ont beaucoup de divergences.

Une chose est sûre : l’idéologie nazie a été propagée en profondeur en Alsace, après que le terrain eut été préparé par des autonomistes germanophiles. D’autant plus que, «beaucoup d’Alsaciens, dont le grand-père avait été allemand entre 1870 et 1918, ne considéraient pas comme un crime de redevenir allemands. Ils n’interprétaient pas leur statut comme un passage au nazisme mais comme un retour à l’Allemagne suivant le balancier de l’histoire.» (Marc Ferro- Les saisons d’Alsace d’été 2005-page 40).

Parlant des «individus (qui), en dehors de toute contrainte, (…), décidèrent de s’engager du côté des nazis», Jean-Laurent Vonau écrit : «l’ordre et la discipline étaient, avec le travail, la famille, la terre, leurs valeurs de référence.» (Les saisons d’Alsace ; n° 44-page 98). Comment interpréter  les penchants actuels de certains Alsaciens, qui se définissent encore par rapport aux dites «valeurs de référence» ?

Lorsque Philippe Breton caractérise l’Alsace comme «laboratoire malgré elle de l’effet à long terme de la propagande et (…) empêtrée aujourd’hui dans son rapport paradoxal à l’extrême droite», pensait-il à la persistance des traces de l’idéologie nazie, encore vivantes, dans le subconscient de l’Alsace profonde, soixante-sept ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1945 ?
Dès lors une question taraude un observateur averti : lesdites traces constituent-elles le plus important des «silences», guidant ou renforçant l’ensemble des non-dits et des préjugés ? Constatons simplement qu’un immense silence perdure, qui recouvre encore la nazification et la collaboration en Alsace. Ce silence-là n’est pas prêt d’être rompu.

(1) Marc Ferro, lui, préfère effectuer non pas un devoir de mémoire, mais un travail de mémoire. (Les saisons d’Alsace-été 2005-page 40).
                                                                                                 A.R.
    


      La discussion s'amorce:

  _ On effectue un parallèle entre le silence qui entoure la nazification de l'Alsace et celui qui concerne la guerre d'Algérie, de même qu'entre les Alsaciens et les Harkis.

 _ L'Alsace a été partagée entre deux pays depuis Louis XIV. Identité fragile: L'Alsace était Allemande de 1870 à 1918. Il ne paraissait pas anormal à certains de redevenir allemands.

 _ Les conditions de la Résistance en Alsace étaient beaucoup plus dures qu'ailleurs en France. 200 000 Alsaciens se sont réfugiés dans le Sud-ouest. Sur chaque stèle du Limousin, on trouve des noms de résistants Alsaciens.

 _ la tentation de l'extrême-droite n'est pas une particularité alsacienne: le Var, qui accueille nombre de pieds noirs, est un fief de l'extrême-droite. A Nice, bien dotée en forces de police et en caméras de surveillance, elle parade, ce qu'elle ne réussit pas à faire à Strasbourg, grande capitale de gauche  et qui n'hésite pas à porter des femmes aux plus hautes responsabilités, ce qui est inédit en France.

 _ L'extrême-droite est le bras armé du grand capital. Les déçus d'une gauche capitaliste sont tentés par elle.
 _ Les medias informent peu sur les mobilisations contre l'austérité en Espagne et au Portugal et sur les progrès économiques qui accompagnent la démocratie en Amérique Latine (Brésil, Equateur).

 _ Mais la particularité concordataire de l'Alsace, où christianismes et judaïsme sont enseignés à l'école dans des cours séparés favorise le communautarisme. Il vaudrait mieux un enseignement global sur les religions, en classes entières. (À débattre. Laïcité d'accord fait un gros travail sur le concordat d'Alsace-Moselle).

Aucun des éléments cités ci-dessus n’est le déterminant essentiel du particularisme alsacien mais la somme d’éléments, tels que ceux donnés en exemple ci-après, explique la position d’une partie de l’électorat alsacien qui trouve dans certains propos de l’extrême droite un écho concordant à certaines convictions ou ressentis bien ancrés.

Eléments nourriciers de cette attitude :

Histoire d’une région «ballottée» entre 2 cultures opposées ;
Situation géographique (enfermement entre 2 chaînes de montagne séparées en plus par un fleuve objet de toutes les convoitises depuis des siècles) ;
Subsistance tenace d’un dialecte à ne pas confondre avec un patois ;
Utilisation de termes tels que «à l’intérieur» ou «en France» ;
Droit local maintenant un particularisme qui, dans le cadre notamment du concordat, a communautarisé autour de leurs églises des populations dont les rapports n’étaient pas, durant des décennies, conviviaux.

Sens de la discipline plus affuté qu’ailleurs et provenant des contraintes imposées principalement par la présence germanique ; il en découle une réceptivité accrue du respect des ordres et de « l’Ordre ».
Monopole d’un média écrit dominant et nombriliste cultivant savamment et de façon destructrice le culte d’une information d’extrême proximité et donc isolatrice et actrice du rejet par ignorance «des autres».

Tout ceci constitue, entre autres, une pile de raisons faisant de l’Alsace un territoire «pas comme les autres» ; seul le temps pourra atténuer ce particularisme dont les Alsaciens sont encore imbibés de façon consciente ou inconsciente. Le temps a déjà commencé son œuvre, dans la Communauté urbaine de Strasbourg le vote de gauche progresse.

  La conclusion fut que toutes les organisations qui militent à Justice & Libertés ont pour point commun de lutter contre les différents facteurs qui font le lit de l'extrême-droite (idéologie-désinformation-propagande- crise économique- manque de démocratie dans la construction européenne – ignorance- méconnaissance de l'autre- manque de moyens d'expression- etc.)

jeudi 31 mai 2012

Lettre ouverte à Monsieur le Préfet du Bas-Rhin


    Justice & Libertés



Comité de vigilance contre l’extrême droite
 et pour le respect de l’Etat de Droit
                                                                                                                                                      
                                        justiceetlibertes2@gmail.com
                          http://collectifjusticeetlibertes.blogspot.com

                
                                  Strasbourg, le 28 mai 2012

Monsieur le Préfet du Bas-Rhin,
                                                     
Comme vous le savez « l’humoriste » Dieudonné doit présenter son spectacle, « Rendez-nous Jésus », le mardi 12 juin, au Zénith de Strasbourg. 
«L’humoriste» est connu pour ses penchants négationnistes et antisémites prétendument antisionistes. Le 26 décembre 2008, Dieudonné avait invité sur la scène du Zénith de Paris le négationniste Robert Faurisson pour lui remettre un « Prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » par son régisseur Jacky, vêtu d’un pyjama de déporté rayé arborant une étoile jaune. Tout le gratin antisémite et négationniste tels Serge Thion et Pierre Guillaume -  principaux animateurs du site Internet négationniste Aaargh (Association des anciens amateurs de récits de guerres et d’holocaustes), domicilié à l’étranger et sous le coup d’une interdiction d’accès en France- font partie de la galaxie Dieudonné.
A Strasbourg, le ton est donné, comme nous l'indique ce mail de Didier Kahn, un citoyen strasbourgeois, adressé le 26 mars 2012 à Justice & Libertés :
«Chers amis de Justice et Libertés, 
 J’ignorais cette information relative à la venue à Strasbourg de Dieudonné, lorsque samedi dernier [24 mars 2012] vers 18 h30, deux individus déguisés en Juifs religieux (redingote, chapeau, barbe avec les boucles descendant des cheveux, …) distribuaient des tracts en format A 5 dans la rue du Marché (qui mène vers la place des Halles). 
Ayant refusé ce flyers, je me retourne en les entendant parler en se marrant de Dieudonné à une jeune passante. C’est alors que je réagis qu’à cette heure d’un samedi, aucun Juif religieux ne diffuserait des tracts.» 
Le spectacle de Dieudonné sera à n'en pas douter une réplique de ses anciens spectacles basés sur l’antisémitisme et le négationnisme, dont l’expression est punie par la loi Gayssot du 13 juillet 1990 « tendant à réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe », et précisant dans son article 9 que « la contestation de crimes contre l'humanité » constitue un délit. Ce personnage a déjà été condamné à trois reprises pour « incitation à la haine raciale ». Ce spectacle indigne a été interdit à Montréal et Metz, interrompu à Bruxelles le 9 mai par la police pour le motif mentionné ci-dessus ; devant la salle où attendaient les spectateurs,  quelqu'un tenait des propos xénophobes et incitait la foule à faire le salut nazi !Enfin, Dieudonné a réalisé récemment un film, une parodie d'Auschwitz.
C’est pour toutes ces raisons que nous  vous demandons, en application de la loi, d'interdire le spectacle qui pourrait influencer nos compatriotes notamment ceux qui trouveraient dans le spectacle de Dieudonné l’expression de leur dépit, voire une forme de revanche contre le traitement, hautement condamnable par ailleurs, subi par le peuple palestinien. La période électorale facilitera encore l’exacerbation de tensions intercommunautaires à Strasbourg dont les conséquences pourraient s’avérer néfastes pour le vivre ensemble dans notre cité. Une preuve supplémentaire de ces tensions, sont ces nouveaux passages à l'acte sur un  lieu de culte musulman le 22 mai à l’Elsau.
Pour votre information, Justice & Libertés compte appeler à un rassemblement mardi 12 juin devant le Zénith de Strasbourg.  
Veuillez croire, Monsieur le Préfet du Bas-Rhin, en notre attachement aux valeurs qui favorisent le vivre ensemble et la tolérance.